Dépendances

      

  

Prévention et développement personnel

Prévention et développement personnel

MVMA - "ma vie, j'en fais mon affaire!"

Le projet « Ma vie, j'en fais mon affaire! » a pour objectif d’amener des jeunes à risques vers des modes de vie plus sains par le développement de compétences et d’habiletés dans les domaines des relations interpersonnelles, de l'estime de soi, de la gestion de la colère et du stress ainsi que par une meilleure connaissance des psychotropes et des problématiques liées à l’abus de psychotropes, telles que les pratiques sexuelles à risques et les infections transmises sexuellement et par le sang.

Le programme en pdf (version simplifiée du programme - une page recto-verso)

250 jeunes de 18 à 25 ans issus des grands centres urbains du Québec participent à un programme de prévention résidentiel qui leur permet de connaître les effets néfastes de l'abus de drogues et d'alcool sur la santé et de cheminer vers une intégration sociale positive dans une perspective de prévention des addictions et de promotion de la santé.

Le  projet consiste en un séjour à la campagne d'une durée de cinq à six jours structuré par des activités visant l'augmentation des connaissances sur les effets néfastes découlant de la consommation de drogues et d'alcool, ainsi que sur les aspects sociaux et culturels de cette consommation. Les ateliers de prévention prêteront une attention particulière à déconstruire le mythe d'un usage récréatif, voire inoffensif de cannabis et de drogues de synthèse.

Dans le même temps, l'équipe d'intervenants sur le terrain doit tirer partie de la réceptivité des jeunes, tous volontaires et pleinement associés à la démarche, pour identifier les facteurs de protection susceptibles de concourir au maintien ou à l'acquisition de l'abstinence, tels que la présence d'un modèle d'identification positif dans l'entourage du jeune ou l'implication dans une démarche artistique ou créative.

L'équipe d'intervenants cherche en outre à identifier les personnes-clés en vue de la création de leaderships positifs chargés de diffuser un message de prévention après la sortie du projet. A cet effet, un outil spécifique est dans un premier temps élaboré avec les ressources identifiées, puis utilisé dans le cadre d'un travail de terrain par les leaders identifiés qui peuvent en référer à l’équipe d'intervenants de milieu.

Le Refuge des Jeunes, Le Bon Dieu dans la Rue, Spectre de Rue (programme TAPAJ), le Centre d’Amitié Autochtone à Montréal sont des partenaires du projet.

D’autres partenaires sont recherchés dans les communautés culturelles.

Un suivi est effectué à toutes les étapes et à l'issue du projet. Ses  résultats sont diffusés par le biais des sites Internet et des lettres d'information du réseau Dianova ainsi que par les voies de diffusion des partenaires et collaborateurs.

Le projet rejoindra 250 Jeunes à risques (jeunes adultes en difficulté, jeunes autochtones vivant hors réserve et jeunes provenant de communautés culturelles) recrutés grâce à des partenariats avec plusieurs organismes avec lesquels ces jeunes sont déjà en contact. Les partenaires participeront à l’accompagnement des participants mais aussi à leur suivi après l’intervention.

Le projet "Ma vie, j'en fais mon affaire!" se propose de s'adjoindre la participation de certains jeunes, identifiés comme des leaders, dans le but de transmettre aux autres des habitudes de vie plus positives, avec l'aide des intervenants de milieu.

Les besoins des participants seront évalués à l'aune de leur intérêt propre et une trousse d’outils de prévention sera élaborée avec leur collaboration. Les activités proposées tout au long du séjour, aideront jeunes comme intervenants à établir un ordre de priorités, en fonction des bénéfices escomptés en termes de changements réels dans les comportements des jeunes.

Les participants seront invités à diffuser dans leurs sphères familiales et sociales les messages qu’ils auront choisis de mettre en application au terme de leur participation. L’effet escompté est un effet d’entraînement vers des habitudes de vie qui augmente les facteurs de protection face aux dépendances.

Justification du projet

Les difficultés sociales des jeunes à risques (jeunes de la rue, jeunes autochtones vivant en milieu urbain et jeunes issus de communautés culturelles) sont multiples et peuvent être abordées dans une perspective de développement personnel, augmentant ainsi la capacité de ces jeunes à résister aux pressions pouvant les amener à  une consommation problématique. Les trois populations parmi les plus vulnérables sont les suivantes :

Les jeunes de la rue – Nombre d'entre eux sont à risque de présenter des difficultés sociales, affectives et comportementales, en plus de comportements délinquants et agressifs (1).

Selon Roy, Morin, Lemétayer et Grimard (2006), plusieurs facteurs dont les transformations du marché de l’emploi, les modifications des structures familiales, l’affaiblissement des mesures de protection sociale à portée universelle, la faible scolarisation, la fragilité ou l’absence d’un réseau de soutien, la désinstitutionalisation en santé mentale peuvent contribuer à ces difficultés. Du point de vue du réseau de soutien familial, il est à noter que les familles dont proviennent ces jeunes sont en général plus affectées par les conflits, elles offrent moins de support, d’affection et de supervision parentale comparativement à des familles de milieux similaires, mais pour lesquelles les enfants ne présentent pas d’épisodes d’itinérance (2).

Plusieurs de ces jeunes ont déjà été pris en charge par la direction de la protection de la jeunesse ou un autre service de protection de l’enfance avant de vivre la réalité de l’itinérance (3). Nombreux sont les jeunes de la rue qui révèlent avoir quitté le domicile familial en raison d’expériences d’abus émotionnel, sexuel, physique, ou de négligence (4). Leurs difficultés sociales persistent néanmoins une fois qu’ils ont quitté le domicile familial, leur vie quotidienne étant caractérisée par les activités criminelles telles la prostitution, la vente de drogues, le vol et la fraude (5), contribuant à leur vulnérabilité sociale(6).

Plusieurs facteurs sont évoqués en rapport avec la vulnérabilité sociale des jeunes de la rue selon la description qu’en fait l’Agence de Santé Publique du Canada (2006). À partir d’une quinzaine d’études(7), l’agence fait notamment référence aux relations sexuelles précoces, aux taux élevés d’ITS et d’infections transmissibles par le sang, à l’utilisation de drogues injectables, aux activités de prostitution, aux taux de mortalité élevés parmi cette population ainsi que la fréquence des tentatives de suicide que présentent ces jeunes.

Les jeunes autochtones vivant en milieu urbain – de nombreuses études nord-américaines ont permis de déceler un risque accru de forte consommation, de polytoxicomanie et de dépendance parmi les jeunes autochtones en général, et en particulier chez ceux vivant en milieu urbain, lesquels seraient de deux à six fois plus susceptibles d'éprouver un problème d'alcool que leurs pairs non autochtones(8).

L'usage de drogues, notamment de marijuana et de solvants volatils, est aussi de plus en plus répandu chez les jeunes autochtones. Les statistiques nationales montrent qu'un jeune autochtone sur cinq a déjà inhalé des solvants volatils. Dans la seule province du Québec, 9% de ces jeunes en font un usage régulier (9).

Une prévention primaire de ces pratiques de consommation particulièrement néfastes pour la santé est un enjeu majeur - si l'on veut aider les jeunes autochtones à s'intégrer de façon positive dans nos villes. En effet, nombre de jeunes autochtones de moins de vingt-cinq ans n'ont pas connu de problèmes d'alcool ou d'autres drogues avant leur arrivée dans les grands centres urbains. Se retrouvant souvent seuls, sans ressources et éloignés de l'ancrage communautaire structurant de la vie en réserve, ces jeunes éprouvent le besoin, pour se sentir en sécurité, de construire un réseau social, de tisser d'autres liens, qui, le plus souvent, les conduisent à rejoindre leurs pairs qui consomment déjà de l'alcool ou d'autres drogues.
Par ailleurs la vie quotidienne dans les grands centres urbains peut aussi générer nombre de traumatismes susceptibles de les amener à faire l'expérience d'une "automédication" par l'alcool et les autres drogues(10).

Enfin, les problèmes de pauvreté ou d'itinérance sont très présents: la moitié des jeunes citadins autochtones vivent dans des conditions de pauvreté(11) résultant en grande partie du fort taux de décrochage scolaire(12)  et des conditions d'emploi et de salaires, notoirement très en deçà de celles des non autochtones(13). Cette vulnérabilité sociale entraîne les jeunes à se tourner vers la prostitution, la vente de drogues et la criminalité pour survivre.

Les collectivités et les réserves éloignées ne sont guère mieux loties et ne proposent à leurs jeunes qu'une économie déprimée et un avenir morose. Ces jeunes n'hésitent alors pas à migrer vers les grands centres urbains pour chercher un emploi, obtenir un meilleur logement, mais ils sont de ce fait plus exposés à la pauvreté, à la dépression, à la toxicomanie, à l'itinérance et à la criminalité(14).

Les jeunes issus des communautés culturelles – La notion de "jeunes issus des communautés culturelles" couvre les jeunes immigrants de première ou de deuxième génération, ainsi que toutes les "minorités visibles", qui regroupent une grande majorité de jeunes issus de l'immigration, de première, deuxième et parfois même de troisième génération.

La société canadienne est de plus en plus multiculturelle, particulièrement dans les grands centres urbains comme Montréal ou Toronto, cependant, un taux de chômage trois fois plus élevé que celui de leurs compatriotes dits de souche et le profilage dont ils sont trop souvent victimes dans divers domaines de la vie courante, font de ces jeunes issus de communautés culturelles une population très vulnérable: parmi les jeunes immigrants de première génération notamment, les chercheurs ont  établi un lien de cause à effet entre la migration au stade de l'adolescence et l'apparition de problèmes subséquents tels que l'abus d'alcool et d'autres drogues, la délinquance et la dépression(15).

La santé des jeunes à risque

Ces jeunes à risque sont exposés à plusieurs facteurs susceptibles d’influencer négativement leur santé(16). Entre autres, les pratiques sexuelles à risque, l’utilisation de drogues, la mauvaise alimentation, le logement inadéquat, l’exposition à divers types de violence, le peu de soutien social et l’accès limité aux soins de santé contribuent négativement à l’état de santé général de ces jeunes(17).

Des études effectuées sur des cohortes successives ont d’ailleurs démontré des prévalences plus élevées du VIH, de l’hépatite B et de l’hépatite C parmi les jeunes de la rue montréalais que chez ceux n’étant pas dans cette situation(18).

Parmi les jeunes de la rue notamment, le taux de mortalité élevé constitue une indication supplémentaire de la précarité de leurs conditions de vie. Ce taux de mortalité serait de 921 par 100 000 années/individus chez les jeunes de la rue, taux onze fois supérieur à celui retrouvé chez des jeunes comparables du point de vue de l’âge et du sexe(19).

Dans l’étude de Roy et al. (2004), les deux principales causes de décès chez les jeunes de la rue étaient le suicide et l’overdose. Les facteurs associés à la mortalité pendant le suivi étaient l'infection par le VIH, l'absence de domicile, la consommation quotidienne d’alcool et l'utilisation de drogues injectables.

La drogue, une stratégie d'adaptation

Pour certains jeunes, la consommation de drogues peut même représenter une stratégie de coping(moyen d’adaptation)(20). En effet, pour faire face à leurs conditions de vie difficiles, ces jeunes pourraient être tentés de recourir à la drogue, un des « moyens » à leur portée. Le désir d’autonomie et le développement de l’identité, caractéristiques de la période de l’adolescence, représentent en outre des motifs rendant difficile l’application de programmes visant le traitement des problèmes d’abus de substance.

Une population difficile à rejoindre

Bien que les problèmes de santé physique et mentale soient importants et fréquents chez les jeunes à risque, il appert que ces derniers fréquentent peu les services sociaux et soins de santé disponibles(21), même lorsque ceux-ci leur sont destinés. En effet, rejoindre ces jeunes représente un défi pour les intervenants(22).

Certains auteurs avancent que ces jeunes ne recherchent pas les services qui leur sont destinés, les enjeux liés à l’instabilité de leur situation prenant le dessus sur les problèmes de consommation de drogues(23).

Pourquoi ce projet est-il requis?

Les jeunes à risques, comme ceux déjà engagés dans le mode de vie de la rue, ont, du fait de leur grande vulnérabilité sociale, des besoins particuliers qu'il n'est pas aisé de satisfaire du fait de la difficulté de les rejoindre à cause notamment de leur méfiance envers toute forme d'autorité(24).

Parmi ces besoins, celui de prévenir l'usage abusif de drogues apparaît comme essentiel, même s'il s'agit parfois de prévention secondaire. La consommation d'alcool et d'autres drogues est en effet  beaucoup plus élevée chez les jeunes à risques que chez les jeunes de la population générale.

Eviter la consommation de drogues est cependant une préoccupation largement mise de côté en particulier par les jeunes de la rue qui considèrent beaucoup plus urgent de satisfaire aux nécessités de leur vie de tous les jours.

"Ma vie, j'en fais mon affaire!", s'inscrit dans un cadre de prévention de l'abus d'alcool et d'autres drogues et de promotion de la santé, en ce sens qu'elle entend aborder dans un milieu d'intervention privilégié les déterminants élargis des problèmes auxquels sont confrontés les jeunes à risque ou en situation de vulnérabilité sociale.

1 Paradise et Cause, 2003

2 Robert, Pauzé et Fournier, 2005

3 Agence de santé publique du Canada, 2006;Hyde, 2005; Robert et Desrochers, 2002; Robert, Pauzé et Fournier, 2005; Woods et al., 2002

4 Forget et Desrochers, 2002; Feldmann et Middleman, 2003; Robert et Desrochers, 2002; Woods et al., 2002

5 McCarthy, 1990

6 Haley et al., 2004; Woods et al., 2002

7 par exemple Haley, Roy, Leclerc et al., 2004; Poulin, Alary, Bernier et al., 2001; Roy, Boivin, Haley, Lemire, 1998 ; Shields , Wong , Mann , et al., 2004

8 Comité sénatorial permanent des peuples autochtones, 2003

9 ibid.

10 Lobo et Vaughan, 2003

11 Meney, 2002 ; National Aboriginal Youth Strategy, 1999

12 Le comité sénatorial permanent des peuples autochtones indique que 7 jeunes autochtones sur 10 abandonnent leurs études avant la fin du secondaire.

13 Canada, 2000, p. 21

14 Beavis et al., 1997, p. 2

15 Morgan, Wingard et Felice, 1984; Amaral Dias et al. 1981; Burke, 1982; Skhiri, Annabi et Allani, 1982; Beiser et Wood, 1988.

16 Boivin et al., 2005; De Rosa et al., 1999; Feldmann et Middleman, 2003; Haley et al., 2004; Woods et al., 2002

17 Boivin et al., 2005; Nyamathi et al., 2005; Ochino et al., 2001; Roy et al., 1999; Thompson et al., 2006

18 Boivin et al., 2005; Roy et al., 1999; Roy et al., 2000; Roy et al., 2001

19 Roy et al., 2004

20 Peterson et al., 2006

21 Haley et al., 2004; Thompson et al., 2006

22 Thompson, McManus, Lantry, Windsor, et Flynn, 2006; Woods et al., 2002

23 Peterson, Baer, Wells, Ginzler, et Garrett, 2006

24 Feldmann et Middleman, 2003