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riche parmi les riches

Dans un contexte de questionnement sur les salaires de hauts fonctionnaires, quand les primes au rendement priment sur le rendement social, un article de La Presse nous alertait le 21 janvier dernier sur le niveau de vie des travailleurs humanitaires en Haïti.

Alors, depuis Haïti, avec la perspective de jeunes professionnelles Montréalaises engagées dans des microprojets locaux, nous posons la question : Combien faudrait-il vous payer, vous, et vous, pour venir passer 2 ans dans le chaos loin de vos familles et de vos proches? Même si la question posée par Mme Lachapelle mérite d’être posée, sa perspective n’est-elle pas celle d’une riche parmi les riches?

Cette lettre fait écho à l’article de Judith Lachapelle dans La Presse paru le 21 janvier 2012 « Riches au milieu des pauvres », ainsi qu’aux commentaires relayés par les médias ces dernières semaines.

LéogâneNous sommes des femmes impliquées dans le milieu du travail humanitaire, particulièrement en Haïti. Ni professionnelles endurcies, ni néophytes naïves. L’aide internationale et, plus particulièrement, tout ce qui concerne Haïti, on en mange…

Récentes diplômées de l'Université de Montréal, nous sommes venues en Haïti avec l’ambition de trouver un angle qui n'ajouterait pas à cette « république des ONG » si décriée. Un angle réaliste, objectif, un angle vrai. Nous avons choisi une ville, Léogâne, encore méconnue du public malgré qu’elle soit située à l’épicentre du séisme. Pas glamour, Léogâne, du tout...

Pas d’hôtel, pas de caméra, de médias internationaux, pas d’électricité, quasiment pas de routes ou de rues fonctionnelles et la liste ne s’arrête pas là. Or, encore plus de 100 000 personnes y vivent. Et l’ambiance n’a pas l’air d’une version caribéenne de Mad Max. Les choses se font doucement, au rythme des habitants, de la vie haïtienne, à mains d’hommes, avec très peu de machinerie. Les jeunes filles s’y marient, attendent leur premier enfant avec une joie inspirante. On y rit, on y pleure, on y prie plus souvent qu’autrement, on travaille quand on peut, on se débrouille. On y vit.

Virginie, à LéogâneC’est pourquoi le poil nous hérisse lorsque le peu d’attention qui est donnée à Haïti se concentre sur une liste détaillée des gros salaires offerts par les ONG internationales, véhiculant du même coup l’idée que les travailleurs humanitaires font « tâche » par leurs excès et leur peu d’éthique.  

Tout cela est loin de refléter la réalité! L’humanitaire, comme les autres secteurs d’activités, a aussi ses dérives et ses zones sombres. Comme le disait Saint François de Sales : « Où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie ». SO WHAT? Ce milieu est plein de paradoxes et de contrastes. Il faut ajouter que le travail y est très exigeant et ardu.

Le temps est compté mais il s’étire et se perd. Les moyens d’actions sont continuellement entravés et revus à la baisse. En réalité, les organismes internationaux ont de la difficulté à recruter les profils adéquats. Qui veut partir à l’étranger, 6 mois, 1 ou 2 ans sans pouvoir, ou sans vouloir emmener sa famille? Qui veut mettre entre parenthèses sa vie sociale et travailler continuellement dans des conditions volatiles et complexes?

Les « expats », comme on les nomme, peuvent paraitre  « riches ». Mais par rapport à qui, à quoi? La richesse est un concept très relatif. Nous disons « gare aux raccourcis énoncés comme des vérités universelles ».

Dans un monde où les problématiques internationales sont de plus en plus complexes, il ne suffit plus de partir « en mission » par bonne volonté ou par compassion. L’aide humanitaire a besoin de professionnels, certes engagés idéologiquement et socialement, mais surtout formés aux enjeux du travail en contexte de crise, les décisions rapides, s'adapter continuellement aux conditions changeantes sur le terrain et prendre des risques. Tout ça dans le chaos perpétuel.

Combien faudrait-il vous offrir pour vous avoir ici?

Nadège Alonso
Diplômée en coopération internationale, Université de Montréal
nadege@bring-support.org

Virginie Saine-Loiselle
Diplômée en droit, Université de Montréal
v.saine.loiselle@gmail.com



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