Itinérance

 

      

  

Dénombrement - Un portrait imparfait qui pourrait s'avérer dangereux

Le RAPSIM demeure très critique à l'endroit des données issues du premier dénombrement des personnes en situation d'itinérance réalisées en mars 2015. Si l'exercice permet de contribuer à la documentation du phénomène, il est loin de représenter un portrait fidèle de la situation actuelle qui puisse maintenant permettre d'orienter les ressources venant en aide aux sans-abri.

L'équipe ayant mené le dénombrement en mars dernier en arrive au chiffre de 3016 personnes itinérantes le 24 mars 2015. Un tel exercice de décompte s'inscrit dans un contexte où il est difficile d'avoir un chiffre crédible, d'abord parce qu'il n'est réalisé qu'à un moment spécifique de l'année. Tant des hommes, des femmes que des jeunes se retrouvent à la rue à différents moments de l'année, que ce soit de manière temporaire, cyclique ou chronique.
 

Qu'il soit réalisé le 10 octobre, le 10 décembre ou encore le 24 mars comme ce fut le cas pour Je compte Montréal, il est faux de penser qu'on aura une vision d'ensemble du phénomène avec ce premier dénombrement. Trop nombreuses sont les réalités qui seront occultées, et ce, même si à Montréal, on a prétendu innover afin de faire ressortir l'itinérance cachée.

L'une des premières à avoir été mises sur la paille est l'itinérance des femmes, ces dernières usant généralement de multiples stratégies avant de se retrouver à la rue ou dans le réseau des maisons d'hébergement. En outre, sachant qu'une ressource d'hébergement comme l'Auberge Madeleine refuse en moyenne 10 femmes par soir, comment s'assurer que ces dernières soient comptabilisées, sachant qu'elles s'intègrent à la réalité de l'itinérance ? Par ailleurs, pour toutes ressources confondues, que fait-on de celles rencontrées par les bénévoles de Je compte Montréal qui ont accueilli moins de leur habituel taux d'occupation ce soir clément du 24 mars ?

À ces situations dans les ressources s'ajoutaient, cet hiver, des jeunes qui se retrouvaient à plusieurs dans des appartements aux conditions parfois douteuses et des personnes, parfois immigrantes, qui empruntaient le sofa d'un ami ou d'un membre de la famille (couchsurfing).

L'un des objectifs de l'exercice consiste à identifier les besoins en ressources pour les personnes itinérantes, ce qui peut s'avérer un exercice dangereux. En effet, on peut douter qu'un portrait aussi imparfait puisse permettre d'aligner les services et les priorités en matière d'intervention en itinérance. La Ville de Montréal s'est déjà dotée d'un Plan d'action de trois ans en septembre 2014 qui s'accompagne d'une vision globale du phénomène. On peut se demander ce que le dénombrement peut apporter de bien nouveau en dehors des actions nécessaires qu'on retrouve déjà dans ce Plan, notamment en logement social, accès aux services, sensibilisation du public, lutte pour la citoyenneté des personnes et contre le profilage social.

Source: RAPSIM - 7 juillet 2015
 
 

« Je compte Mtl » - La Ville de Montréal présente les résultats du dénombrement des personnes en situation d'itinérance - COMMUNIQUÉ DE LA VILLE DE MONTRÉAL

Montréal, le 7 juillet 2015 – Le maire de Montréal, M. Denis Coderre, et Mme Monique Vallée, responsable du développement social et communautaire ainsi que de l'itinérance au comité exécutif de la Ville de Montréal, accompagnés de M. Eric Latimer, chercheur à l'Institut Douglas et professeur à l'Université McGill,  ont présenté les résultats du premier dénombrement des personnes en situation d'itinérance qui a eu lieu le 24 mars dernier.

Inspiré des meilleures pratiques éprouvées dans plusieurs villes à travers le monde, le dénombrement montréalais a bénéficié de l'expertise du Centre de recherche en santé mentale de l'Institut Douglas qui a été mandaté par la Ville de Montréal en décembre dernier pour effectuer les travaux de recherche. Cet exercice a été rendu possible grâce à la participation de divers partenaires et de plus de 700 bénévoles dont la mobilisation et la formation ont été assumées par le YMCA de Montréal.

Quelques faits saillants du rapport : 

  • 3016 personnes étaient en situation d'itinérance visible à Montréal le soir du 24 mars 2015.
  • De façon générale, Montréal compte moins de personnes en situation d'itinérance par 10 000 habitants que Vancouver (sans la région urbaine), Edmonton et Calgary, et un peu moins que Toronto. Par contre, Montréal compte plus de gens qui passent la nuit à l'extérieur, comparativement à Toronto et Calgary, toujours par 10 000 habitants.
  • 76 % des personnes en situation d'itinérance sont des hommes. Cette proportion s'élève à 93 % chez les personnes demeurant dans des lieux extérieurs. Par ailleurs, 54 % de personnes qui sont dans des logements de transition sont des femmes.
  • 44 % des personnes en situation d'itinérance sont nées à Montréal, et 16% ailleurs au Québec.
  • Les immigrants représentent 10 % de la population itinérante, alors qu'ils représentent 33,2 % de la population de Montréal.
  • La population autochtone est quant à elle surreprésentée. 10 % des personnes dénombrées dans l'exercice sont des autochtones, alors que ceux-ci forment 0,56 % de la population montréalaise. Les Inuits sont également surreprésentés, comptant pour 40 % des autochtones en situation d'itinérance.
  • Les anciens combattants représentent 6 % des personnes dénombrées.

« Le dénombrement des personnes en situation d'itinérance était l'une des priorités de notre Plan d'action montréalais en itinérance 2014-2017. Les résultats des travaux menés par l'équipe de l'Institut Douglas offrent un portrait clair du phénomène d'errance à Montréal. Ces données sont précieuses dans la mesure où elles nous permettront à la fois de mieux comprendre la réalité de l'itinérance et d'agir plus efficacement afin de l'endiguer. Il s'agit d'une première étape dans nos efforts pour avoir un portrait détaillé de l'itinérance à Montréal », a déclaré M. Denis Coderre.

« Pour bien gérer un phénomène aussi complexe que l'itinérance, il faut d'abord pouvoir le mesurer. Nous sommes redevables à l'équipe du Centre de recherche de l'Institut Douglas ainsi qu'à l'ensemble des partenaires impliqués dans cette démarche pour l'important travail accompli. En utilisant dans le futur une méthodologie comparable, nous pourrons vérifier si le phénomène est croissant ou décroissant et moduler notre action en conséquence », a ajouté Mme Vallée.

« Le dénombrement, mené par environ 700 bénévoles, fournit une estimation assez précise du nombre de personnes en situation d'itinérance le soir du 24 mars dernier. De plus, les 1522 questionnaires détaillés que les gens ont accepté de remplir nous donnent un portrait fidèle de cette population et offriront des informations précieuses tant pour les décideurs publics que pour les organismes du milieu », a déclaré M. Eric Latimer, chercheur à l'Institut universitaire en santé mentale Douglas (CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île de Montréal) et professeur à l'Université McGill, qui a co-dirigé le dénombrement.

La prochaine étape prévue au Plan d'action montréalais en itinérance est la nomination d'un protecteur des personnes en situation d'itinérance qui aura comme mandat d'évaluer les mesures mises en place pour leur venir en aide et de formuler des recommandations.

Pour obtenir une version électronique du Plan d'action montréalais en itinérance 2014-2017 ou du Rapport de travail sur le dénombrement 2015 des personnes en situation d'itinérance sur l'île de Montréal, veuillez consulter le site Web suivant : ville.montreal.qc.ca/diversite.

Source: Ville de Montréal

 

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le rapport en cliquant ici